Sur l’esplanade du Palais du Peuple, habituellement dédiée aux grandes manifestations politiques et culturelles, une foule recueillie s’est rassemblée pour une messe de requiem pas comme les autres. Ce jour-là, les chants, les prières et les visages graves ont remplacé le tumulte habituel de la capitale. Plusieurs personnalités, dont le ministre congolais des Droits humains, Me Samuel Mbemba, des déplacés de guerre, des rescapés, ainsi que des notabilités du Kivu avaient fait le déplacement pour rendre hommage aux millions de Congolais tombés au fil de décennies de violences dans l’Est du pays.
L’atmosphère était lourde, imprégnée d’une douleur collective qui traversait silencieusement l’esplanade. Les chants liturgiques, portés par les voix émues des chorales, résonnaient comme un écho aux cris étouffés des victimes dont on commémorait la mémoire. Cette célébration, profondément symbolique, visait à rappeler l’ampleur des atrocités attribuées à l’armée rwandaise et à raviver la lutte pour la vérité et la justice.
Une « triple reconnaissance » au cœur des discours officiels
À l’issue de la messe, une série d’allocutions officielles a permis de donner une dimension politique et mémorielle à cette journée de recueillement.
Dans son intervention, le ministre Samuel Mbemba est revenu sur ce qu’il a qualifié de « triple reconnaissance » du génocide qui aurait coûté la vie à plus de dix millions de Congolais.
Il a rappelé, d’une part, la reconnaissance nationale formulée par l’Assemblée nationale ; d’autre part, la reconnaissance continentale portée par un arrêt de la Cour africaine des droits de l’homme ; et enfin, la nécessité d’une reconnaissance internationale, encore attendue.
Selon lui, cette étape est indispensable pour honorer la mémoire des victimes et inscrire durablement cette tragédie dans l’histoire mondiale des crimes de masse.
« Sans justice, sans vérité, il ne peut y avoir de paix durable », a martelé le ministre devant une foule attentive.
Un appel renouvelé à la création d’un Tribunal spécial
Innocent Rugero, président du Conseil d’administration de CVAR ONGDH, a également pris la parole pour réitérer l’exigence de nombreuses organisations congolaises : la mise en place d’un Tribunal spécial chargé de juger les crimes commis dans l’Est de la RDC.
Dans un discours mesuré mais ferme, il a souligné que cette démarche ne relevait en rien d’une logique de vengeance.
Au contraire, elle s’inscrit, selon lui, dans une quête de justice, de vérité et de réparation pour des millions de victimes dont les voix ont trop longtemps été ignorées. Rugero a aussi appelé à une mobilisation collective pour défendre les droits des populations meurtries et promouvoir une culture durable des droits humains.
Des témoignages qui brisent le silence
La cérémonie a été marquée par des témoignages d’une rare intensité.
Des déplacés de guerre et des rescapés ont livré, parfois en larmes, des récits de survie, de perte et de souffrance. Leurs voix tremblantes rappelaient à quel point les violences restent ancrées dans les corps et les mémoires.
Des images particulièrement saisissantes exposées sur l’esplanade retraçaient l’horreur vécue dans l’Est de la RDC : villages incendiés, familles en fuite, visages d’enfants marqués par la peur.
Une interpellation visuelle puissante, destinée à bousculer les consciences et à rappeler que derrière les statistiques, il y a des vies brisées, des familles détruites, et une nation meurtrie.
Le GENOCOST, entre mémoire et combat pour la justice
Cette journée de commémoration, à la fois douloureuse et porteuse d’espérance, a réaffirmé la détermination des victimes et de leurs défenseurs à poursuivre le combat pour une justice effective.
Elle a également ravivé la mobilisation autour du GENOCOST, terme utilisé par certains collectifs et organisations pour désigner les violences de masse subies par les populations congolaises depuis près de trois décennies.
Pour beaucoup de présents, la reconnaissance internationale de cette tragédie n’est pas seulement un enjeu juridique : c’est un impératif moral.