Depuis plus de 30 ans, l’est de la République démocratique du Congo (RDC) est un foyer de violences persistantes. Aujourd’hui, la région est le théâtre d’affrontements acharnés entre l’armée congolaise, soutenue par les groupes d’autodéfense Wazalendo, et les rebelles du M23. Kinshasa et plusieurs rapports de l’ONU accusent le Rwanda de soutenir activement le M23, alimentant ainsi le conflit. Dans ce contexte chaotique, des organisations de défense des droits de l’homme ont documenté de nombreux cas de violations graves : tueries, déplacements massifs et autres atrocités.Dans cette région où la liberté d’expression est devenue un acte de bravoure, le pasteur Paul Omar Ali paie un lourd tribut pour son engagement. Cet activiste humanitaire, impliqué depuis plus de dix ans au sein de la Ligue des Jeunes des Grands Lacs et membre d’une organisation partenaire de l’OED, est devenu une cible pour avoir osé documenter l’indocumentable, dénoncent les organisations de la société civile.Depuis la résurgence de la rébellion du M23 en 2022, plusieurs rapports d’organisations internationales de défense des droits de l’homme ont mis en évidence les exactions commises par le M23, avec le soutien présumé du Rwanda. Ces rapports font état de violences sexuelles, de massacres et d’autres crimes de guerre. Le récent rapport de Human Rights Watch a accusé le M23 d’avoir massacré des civils à Rutshuru en juillet dernier. Amnesty International a également pointé du doigt le M23 et la milice Wazalendo pour des exactions commises contre des civils à Rutshuru, Goma et Bukavu.Les organisations internationales de défense des droits de l’homme notent également des arrestations arbitraires, des exécutions sommaires et des enrôlements forcés, autant de crimes qui passent souvent sous les radars internationaux. Mais Paul Omar Ali a choisi de ne pas se taire. Son dernier rapport, particulièrement accablant, révèle une mise en scène cynique orchestrée par des groupes armés. Des images montrent un enfant de 10 ans, vêtu d’un uniforme militaire et armé d’un fusil défectueux, entouré de balles disposées au sol. L’objectif de cette manipulation est de faire croire à l’opinion internationale que l’armée loyaliste FARDC enrôle des enfants soldats, afin de saboter toute tentative de paix.Ce courage a eu des conséquences désastreuses pour Paul Omar Ali.Du 1er au 4 août 2025, le pasteur a été suivi, enlevé et violemment battu par des rebelles à Goma, selon ses proches. Devant sa femme et ses quatre enfants, terrorisés, il a reçu un avertissement sans équivoque : cesser ses enquêtes ou disparaître. Il a été relâché quatre jours plus tard, meurtri, brisé, mais vivant. « Aujourd’hui, il vit caché chez un ami, dans l’attente d’une évacuation vers Kinshasa ou un autre lieu plus sûr. Ni Goma, ni Bukavu, ni même la sous-région des Grands Lacs ne peuvent garantir sa sécurité », déclare Amani Safari, un proche du pasteur. « Son seul tort : avoir voulu défendre la vérité, protéger les innocents et dénoncer les crimes », ajoute-t-il.Les organisations locales de la société civile et les organisations de défense des droits de l’homme appellent la communauté internationale à ne plus détourner le regard. Les défenseurs des droits humains comme Paul Omar Ali sont les piliers de la justice et de la paix. Leur silence forcé est une défaite pour tous. Les proches du pasteur appellent également les institutions humanitaires, les gouvernements partenaires et les médias à se mobiliser pour garantir sa protection, relayer son témoignage et faire pression pour que cessent les persécutions contre ceux qui osent parler.
Alain Murhabazi