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Par , Justin Kabumba

À la veille de la rencontre très attendue entre le président congolais Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame prévue le 4 décembre à Washington, les combats redoublent de violence dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Alors que la diplomatie s’active pour tenter de mettre fin à plus d’une décennie de conflit, le terrain continue, lui, de s’embraser.

Un regain de violence au Nord et au Sud-Kivu

Depuis les premières heures de ce mardi, de violents affrontements opposent les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées par les groupes d’autodéfense Wazalendo, aux rebelles du M23, qualifiés par Kinshasa de supplétifs de l’armée rwandaise.
Les combats se sont intensifiés dans le territoire de Masisi (Nord-Kivu), mais aussi dans plusieurs localités du Sud-Kivu, notamment à Kaziba, Katogota et Lubarika.

Dans un communiqué, l’armée congolaise affirme que « l’armée rwandaise et ses supplétifs de l’AFC/M23 » ont lancé, dès l’aube, une série d’attaques coordonnées. Le général Sylvain Ekenge, porte-parole de l’armée, dénonce une nouvelle violation du cessez-le-feu signé récemment :

« En ce moment crucial où la communauté internationale, à travers les États-Unis d’Amérique et le Qatar, s’active pour le retour de la paix au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, les FARDC dénoncent pour la énième fois la violation de la cessation des hostilités par la coalition AFC/M23 soutenue par le Rwanda. »

Selon les FARDC, les forces loyalistes auraient repris le contrôle des localités de Katogota (Uvira), Kaziba (Walungu) et du site stratégique dit Point Zéro (Fizi). Elles affirment également avoir infligé des pertes humaines à l’ennemi et saisi plusieurs armes, dont des explosifs.

Le M23 accuse l’armée congolaise de bombardements sur des zones habitées

En réaction, le mouvement rebelle AFC-M23 accuse l’armée congolaise d’être à l’origine de bombardements ayant touché des zones densément peuplées. Le 2 décembre, affirme la rébellion, des tirs d’artillerie auraient frappé Kamanyola, une agglomération du Sud-Kivu.
Le mouvement affirme également que des drones coalisés auraient tué des civils à Nyabiondo, dans le territoire de Masisi :

« Des drones des forces coalisées du régime de Kinshasa ont mené une attaque contre des populations civiles à Nyabiondo. Bilan provisoire : trois civils tués et cinq blessés, dont un homme, une femme et trois enfants », a déclaré son porte-parole Lawrence Kanyuka sur son compte X.

Ces accusations viennent encore renforcer la confusion et l’escalade verbale entre les deux camps, à quelques heures seulement d’une échéance diplomatique majeure.

Un accord-cadre signé à Doha… mais jamais réellement appliqué

Cette reprise des hostilités intervient malgré la signature, le 15 novembre 2025 à Doha, d’un accord-cadre entre le gouvernement congolais et l’AFC-M23.
Sur le papier, les deux parties se sont engagées à un cessez-le-feu permanent. Dans les faits, aucune accalmie durable ne s’est installée. Les combats se poursuivent, les positions stratégiques continuent de changer de mains, et les violations du cessez-le-feu se multiplient, chaque camp rejetant la responsabilité sur l’autre.

Washington : un rendez-vous repoussé à plusieurs reprises

La rencontre entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame, annoncée pour le 4 décembre à Washington, est présentée comme l’épilogue d’un long processus diplomatique. Elle doit entériner un accord signé dès juin 2025 par les ministres des Affaires étrangères des deux pays, déjà à Washington, mais resté sans effet tangible sur le terrain.

Selon une source de la présidence congolaise : « Cette signature à Doha devait ouvrir la porte à Washington. »
Initialement prévue peu après juin, la rencontre n’a cessé d’être repoussée, notamment en raison de négociations parallèles jugées nécessaires. L’annonce officielle de la tenue du sommet, confirmée dans la nuit du mardi 2 décembre par les autorités américaines, a ravivé de nombreux espoirs… tout en intensifiant les tensions militaires.

Dans l’Est, lassitude et attentes immenses

Dans les provinces meurtries du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, la population accueille cette perspective de signature avec une prudence mêlée d’espoir.
Après des années de combats, de déplacements forcés et d’instabilité permanente, l’attente est immense.

Beaucoup espèrent que Washington marquera enfin un tournant.
D’autres redoutent que, comme souvent, la diplomatie peine à produire des effets concrets face aux réalités d’une guerre devenue tentaculaire et largement régionalisée.

En attendant, les armes continuent de parler dans l’est de la RDC, alors même que les plus hauts responsables des deux pays s’apprêtent à sceller un accord censé, une fois encore, ramener la paix.

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