La première édition du Festival Social du Kivu (FESKI) s’est achevée le week-end dernier à Goma, dans l’Est de la République démocratique du Congo. Pendant trois jours, la ville de Goma a vibré au rythme de la musique, de l’humour et de l’émotion. Plus d’une quarantaine d’artistes musiciens, rappeurs, chanteurs et humoristes se sont succédé sur la grande scène dressée au bord du lac Kivu, sous le thème : « Artisans de la paix, le Kivu se raconte autrement ».
Dans une région souvent citée pour ses conflits armés et son instabilité, le FESKI a voulu porter une autre image du Kivu : celle d’un peuple créatif, résilient et profondément attaché à la paix. À travers cette initiative, un collectif de jeunes organisateurs a voulu prouver que la culture pouvait être un outil de guérison et de cohésion sociale.
« Nous avons voulu que l’art devienne un langage de paix, une manière de dire au monde que le Kivu, ce n’est pas seulement la guerre, mais aussi la joie, le talent et l’espoir », explique membre du comité d’organisation.
Le festival s’est tenu dans un contexte sécuritaire tendu, marqué par la présence de la rébellion du M23 dans la ville. Malgré cette tension, aucun incident majeur n’a été signalé. Un dispositif de sécurité renforcé a permis aux festivaliers de profiter pleinement de l’événement, dans une ambiance festive et sereine.
Sur une trentaine d’artistes musiciens présents, six se sont particulièrement distingués par leur performance, leur énergie et leur communion avec le public. Il s’agit notamment de Bargos, Stiono Lancart, Willow Miller, Lameck Mwalimu, Sisco – tous originaires de Goma – et Afande Ready, venu de Bukavu. Chacun d’eux a su captiver la foule, alternant chant, danse et interaction directe avec les spectateurs. Le public, visiblement conquis, reprenait en chœur leurs refrains, signe d’un véritable lien entre les artistes et leurs fans.
« Ces jeunes ont prouvé que la relève musicale du Kivu est bien là. Ils ont su allier professionnalisme, émotion et messages porteurs », confie Sandrine Mbusa, une festivalière.
Le FESKI a aussi servi de pont entre les générations. Les anciens ont côtoyé les jeunes sur scène dans un esprit de transmission. Le doyen Michael Sambo, avec plus de trente ans de carrière, a livré une prestation énergique, mêlant reggae et messages d’unité. Il a rappelé au public que la musique pouvait être une arme pacifique contre la haine et la division.
Autre moment fort : la prestation de Fimbo Kali, célèbre pour ses tubes des années 2000 et sa voix envoûtante. Son retour sur scène a provoqué une vague de nostalgie. En reprenant ses chansons phares, il a montré que le patrimoine musical du Kivu reste vivant et inspirant.
Mais au-delà des figures établies, le festival a été une vitrine pour la jeunesse artistique. Des révélations comme The Mingongo, au timbre vocal singulier, ou encore Dogo Browny, jeune rappeur prodige, ont conquis le public. Leur présence symbolise une nouvelle génération d’artistes décidée à écrire l’avenir culturel du Kivu avec fierté et originalité.
Plus qu’un simple événement musical, le FESKI s’est imposé comme un espace d’expression et de résilience collective. Pour de nombreux jeunes de Goma, assister à un festival de cette envergure relevait presque du rêve après des mois de tensions et d’incertitudes.
La musique, la danse et les rires ont permis à beaucoup de tourner la page des traumatismes liés aux affrontements récents entre les forces loyalistes et les rebelles.
« Pendant trois jours, on a oublié les bruits des armes. On a dansé, chanté, ri… C’était comme respirer un peu de liberté », témoigne Aimée Kavira, une étudiante venue assister à toutes les soirées du festival.
Fort de cette première expérience réussie, les organisateurs envisagent déjà la deuxième édition du FESKI. Ils espèrent attirer davantage d’artistes venus d’autres provinces du pays, voire de la sous-région des Grands Lacs.
« Notre ambition est de faire du FESKI un rendez-vous annuel de référence dans l’Est du Congo, une scène de paix et d’innovation culturelle », indique l’organisateur.
Les dirigeants de la rébellion du M23, présents à la cérémonie, ont salué cette initiative citoyenne et promis leur appui pour les prochaines éditions. Pour elles, la culture est aussi un moyen de reconstruire le tissu social dans une région fragilisée.
Le FESKI s’impose ainsi comme un symbole d’espoir, un espace où la jeunesse du Kivu raconte autrement son histoire non plus à travers les armes, mais par le rythme, la mélodie et le rire.
À Goma, pendant trois jours, la musique a parlé plus fort que la guerre. Et c’est sans doute là la plus belle victoire de cette première édition.